7 août 2010

Transat 1ère saison : pré-transat, de Fréjus aux Canaries


Pré-transat 2010-1

C'est le grand jour ! Ce samedi 31 juillet, l'émotion est au rendez-vous quand les amarres sont larguées de Port-Fréjus pour un voyage qui va durer un an.

Programme : îles Baléares, côte espagnole, détroit de Gibraltar, côte marocaine puis un sprint final dans l'atlantique jusqu'à l'île Gran Canaria aux Canaries.



L'équipage

Nous sommes quatre pour cette première partie de transat, un parcours de 1700 milles nautiques (3200 km) jusqu'aux îles Canaries : André juste débarqué du Chili, Maya et Denis qui connaissent déjà le bateau, et moi qui vise, peut-être avec présomption, le titre de capitaine transatlantique...

Prologue

L'aventure a bien failli finir avant même d'avoir commencé. La veille du départ, je suis affairé aux derniers préparatifs dans le bateau quand j'entends dehors des vociférations et un énorme bruit de moteur. Je monte sur le pont, juste pour voir un gros motor-yacht au pilote complètement affolé venir percuter MON bateau par bâbord avant. Sous mes hurlements, son ancre enfonce mes filières et mes chandeliers et s'attaque au rail de fargue ! Il s'arrête juste avant d'ouvrir la coque en deux, ce dont un engin d'une telle puissance aurait certainement été capable.

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Ma fureur mêlée de désespoir est contenue grâce à l'aide immédiate que m'apporte l'équipe, vraiment formidable, de Planète Yachting : en moins d'une heure, les filières sont réparées et des chandeliers de secours sont posés. Il reste le rail de fargue tordu et quelques rayures sur la coque mais je peux naviguer en sécurité. Le temps encore passé en formalités d'assurance aura une conséquence : je n'aurai pas pu finir la toilette du bateau ! Mon équipage, qui embarque la veille du départ, va pallier cette carence (c'est pour le mettre dans l'ambiance !) et finalement tout sera prêt à temps.

Le bateau a son équipement complet de grand voyage. La DuoGen est réparée et j'ai plusieurs pièces de rechange. L'approvisionnement en méthanol pour la pile à combustible a été problématique mais livré in extremis, en prévoyant toute la traversée jusqu'aux Antilles car je n'en trouverai pas aux Canaries. La cartographie papier et électronique a été complétée et mise à niveau. Pour la sécurité et la météo, j'ai installé l'Iridium et la connexion internet par satellite et pris les abonnements nécessaires, dont Navimail de Météo-France qui s'avèrera extrêmement fiable. J'ai eu juste le temps de tester cette installation ainsi que la balise Inmarsat pour le tracking. Le moteur a été vidangé et tous les filtres changés. 

Les coussins du carré ont été démontés et lavés, propres comme neufs. Les inox du pont ont été traités à l'anti-rouille. J'ai changé l'horloge et le baromètre du carré et monté, non sans mal, la nouvelle table de cockpit juste livrée. J'ai acheté diverses pièces, un appareil photo étanche et le pavillon marocain qui manquait à ma collection. 

Il a fallu prendre une nouvelle assurance chez Groupama, April Marine ne couvrant pas la zone atlantique-Caraïbes. 

Enfin j'ai eu confirmation des réservations demandées depuis plus de 6 mois, sur le parcours et à destination, surtout dans les lieux particulièrement fréquentés.
 
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Le samedi, après méga-avitaillement et courses diverses, Teles avec ses légères cicatrices peut embouquer la sortie du port à 18 heures, cap sur Minorque.

Fréjus-Fornells (Minorque) - 245 nautiques

 

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Partis sous 11 nœuds de vent de face, nous arrondissons au près serré vers l'est. Ce vent faiblit rapidement et dès minuit nous faisons route au moteur. Cinq fois sur cette traversée nous alternerons entre route au moteur et sous voiles pour tirer parti d'un vent de travers sud-est qui ne dépasse pas 9 nœuds.
 
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Le code zéro est hissé à deux reprises.

Avec ces manœuvres répétées, l'équipage est bien occupé et prend ses marques. Repères principaux : l'apéro du soir, les repas, les quarts.
 
002Tout se met en place rondement, l'équipage trouve son équilibre.

Au milieu d'un déjeuner, je vois brusquement émerger derrière Denis, à une trentaine de mètres, une grande masse sombre surmontée d'un immense aileron : une belle baleine. Elle refait surface fugitivement avant de disparaître sous le bateau avec nonchalance. Trop bref pour prendre des photos mais quel spectacle !

Denis a amené un équipement de pêche dernier cri, mais il va s'avérer défectueux.
 
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Un thon de 15 kg est pris, mais s'échappe.

Après quelques nouvelles tentatives et des échanges téléphoniques musclés avec le vendeur, le matériel est remisé et nos espoirs de poisson frais s'envolent.

Après la seconde nuit, l'île de Minorque est en vue.
 
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004.jpgJe commence à connaître : c'est la 3ème fois que je fais ce parcours en un an. 

Nous entrons dans la baie de Fornells, très encombrée mais j'ai réservé une bouée qui nous attend comme prévu.
















Le village et le mouillage de Fornells
007Mise à l'eau de l'annexe et débarquement : la magie du lieu opère toujours.



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Bien qu'en haute saison, il y a du monde mais pas de horde touristique.
 
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Nous avions prévu une halte d'une nuit mais la météo annonce force 6 à 7 de face sur la route de notre prochaine étape, le minuscule archipel de Colombrettes entre Minorque et la côte espagnole. Nous restons donc un jour de plus à Fornells en attendant que ça se calme. En raison du mauvais temps, le bateau qui a réservé notre bouée la nuit suivante ne viendra pas, tant mieux pour nous ! Et le programme est modifié en conséquence : nous allons directement rejoindre Majorque, non sans un dernier pèlerinage au restaurant El Pescador qui nous régale encore une fois.

Le dernier soir nous réserve une mauvaise surprise : la cuve à eaux noires est pleine ! Faute de se retenir tout à fait jusqu'au lendemain, on va ... se débrouiller !

Fornells-Alcudia (Majorque) - 53 nautiques

 

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4 août. La passe de sortie de la rade est encore très agitée. Les creux font 2 bons mètres. Ce ne serait pas un problème s'il n'y avait cette cuvette débordante des toilettes que j'imagine gicler à chaque vague.
 
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Le bateau escalade puis chute brutalement dans une danse effrénée. A peine la passe franchie, nous ouvrons vite la vanne, en espérant que ce remue-ménage va tout diluer rapidement avant d'atteindre la zone de mouillage. Heureusement, pas de dégât à l'intérieur.

Le vent dépasse 20 nœuds, nous progressons rapidement vers l'ouest de Minorque sous 2 ris, sous un ciel plombé puis franchement pluvieux. La mer reste agitée jusqu'à midi puis nous sortons de la perturbation venue du nord (il y a force 8 au même moment sur Lion et Provence) et tout fléchit en moins de 30 minutes. Les ris sont largués alors que l'île de Majorque émerge de la brume, et nous avons la visite de trois grands dauphins.
 
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A 13 heures il n'y a plus que 4 nœuds de vent. Cela tombe bien, il fallait mettre le moteur en route pour activer le dessalinisateur car nos réserves en eau douce sont basses. 200 litres d'eau douce sont récupérés en deux heures, juste au moment où nous retrouvons un peu de vent qui nous permet de finir la traversée sous voiles : excellent timing !

Nous entrons dans la vaste baie d'Alcudia où j'avais prévu un mouillage de repli. En vue d'Alcudia, la pluie cesse enfin. D'abord le plein de carburant, puis nous jetons l'ancre dans une zone large et peu encombrée au sud du port.
 
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Si on oublie la frange hôtelière peu esthétique, le cadre est vraiment joli et le mouillage excellent en tenue et en qualité d'abri : à retenir.

Nous débarquons le lendemain matin pour un petit tour de ville. Celle-ci offre peu d'intérêt : station balnéaire parfaitement banale, norias de cars pleins de vacanciers rose vif, groupes braillards, concours de rôtissage sur la plage. Mais le paysage est superbe.

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Graisse marine...

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Il y a aussi un élégant port de plaisance avec Club Nautico Real (en Espagne tous les yacht-clubs ont le qualificatif de royal) de grand standing.
 
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Quant à nous, nous regagnons notre modeste barque pour partir après déjeuner.
 
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Alcudia-Formentera - 53 nautiques

 

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5 août. Il faut contourner Majorque pour mettre le cap sur Formentera, petite île au sud d'Ibiza. Le vent sera soutenu, de nord puis d'est. Nous avons le choix entre la côte ouest, où nous aurons le dévent du relief, et la côte est, qui débute par un long bord avec vent de face et rallonge la route de 15 milles. Entre deux inconvénients... je choisis la route ouest.

Eh bien nous allons souffrir ! Nous partons sous un petit force 5 très agréable au portant, qui nous mène rapidement à l'extrémité nord de Majorque.
 
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Nous virons le cap Formentor, et entrons dans l'enfer en redescendant cette côte nord-ouest.
 
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Le vent est à l'est comme prévu, mais le relief est vertigineux, avec des falaises de plusieurs centaines de mètres de haut (le Puig Mayor, point culminant de l'île à 1445 m, n'est qu'à 5 milles de la côte) et des vallées traîtresses où le vent s'engouffre pour dévaler sur la mer comme d'une turbine. 

On a des zones de masquage total du vent, avec une mer très agitée qui secoue le gréement en tous sens alors que le bateau n'a plus de vitesse pour manœuvrer, et de brusques rafales où le vent peut prendre n'importe quelle direction en passant de 6 à 22 nœuds en quelques secondes.
 
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Nous avions pris une route à plus de 5 nautiques de la côte, mais cela ne suffit visiblement pas. Nous aurons beau tenter de nous éloigner encore, nous ne trouvons aucune zone de relative stabilisation en compensation du rallongement de route. Empannages successifs, route au moteur ou sous voiles, voire les deux en même temps, écoutes bordées ou choquées en urgence selon les caprices du vent, tout ce chahut alors que la nuit tombe. Les secousses font claquer dangereusement la grand-voile, mais l'affaler ne ferait qu'augmenter le roulis. Un filoir de retenue de bôme casse. Plus grave, un winch se dévisse lors d'un empannage : on rattrape les morceaux de justesse et on remonte l'engin à la lampe-torche

En guise de morale de ce parcours, je déconseille fortement la pratique de la voile sans vent, qui use le matériel et les nerfs de l'équipage plus sûrement qu'un force 6 bien géré. Et morale nautique : cette côte, déconseillée dans les guides comme dangereuse par vent d'ouest, est à proscrire également par vent d'est, donc à peu près tout le temps !

A 2 heures du matin nous atteignons enfin le cap de la Mola, extrémité ouest de Majorque. Là tout change : le vent d'est à 17 nœuds nous atteint désormais sans obstacle et va nous pousser comme sur des rails le reste de la nuit vers Ibiza.
 
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Puerto Ibiza
10 heures plus tard, nous passons au large de la Mecque de la fiesta et obliquons au sud vers l'île de Formentera.

Cette île est une extension d'Ibiza à laquelle la relie un chapelet d'îlots. C'est très construit, très fréquenté, y compris par les beaufs sur canot à moteur, dont un qui nous est passé sous le nez et aurait accroché notre étrave si je n'avais pas donné un brusque coup de barre. Je n'ai pas eu le temps de demander à André comment on dit "connard" en espagnol, mais le butor à la barre a bien entendu mes insultes.
 
018Notre bouée est réservée dans la Cala S'Oli
 
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Nous débarquons l'après-midi pour une petite promenade sur cette terre assez sauvage près de notre mouillage.
 
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Il y a une grande lagune derrière, bondée de petits bateaux.
 
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