15 juillet 2026

Boreas reprend ses quartiers à Trinidad

La saison cyclonique commence. Il n'y a guère d'alternative, seul Trinidad offre une sécurité éprouvée pour un nouvel estivage.  Je vais donc de nouveau longer l'arc antillais du nord au sud.

Ce parcours est le même que celui effectué l'année précédente, avec quelques découvertes.



SAINT MARTIN :

29 mai : le séjour dans le lagon de St Martin n'a donné lieu à aucun incident, si ce n'est l'habillage des œuvres vives par 10 bons centimètres d'épaisseur de salissure peu ragoûtante. 

Au ponton d'Island Waterworld

Même les hélices ont du mal à tourner quand je quitte la marina pour un amarrage d'une dizaine de jours sur bouée dans le lagon.


C'est là que me rejoint Alessandro, en provenance de Martinique après une transat. À nous deux, l'équipage est complet.

 

Quelques travaux s'imposent avant de prendre la mer. Deux pompes sont en panne par faux contacts, obligeant à refaire les connexions. J'ai apporté dans mes bagages des pièces pour réparation d'une pompe manuelle et de nouvelles marches pour l'échelle de bain. Mauvaise surprise : le moyeu d'hélice du moteur d'annexe est grippé, probablement après une mauvaise rencontre dans les eaux souillées du lagon. Une nouvelle hélice est commandée, imposant un délai de plusieurs jours. Pendant cette attente, nous faisons un nettoyage en règle des coques et des hélices, et nous gréons le nouveau génois.

Un beau génois tout neuf

Nous avons quelques jours d'entraînement autour de l'île, principalement la partie française, où les bateaux sont maintenant peu nombreux.  

Baie Nettlé devant Marigot
 
Nous avons un voisin de mouillage inattendu : Powhatan, remis à neuf après son naufrage de 2022 et déjà revendu deux fois. 

Powhatan en superbe état

Alessandro très à l'aise à la barre

Baie de Grand Case
 


Friars Bay

Orient Bay
 
Derrière la barrière de corail

Trace du louvoyage vers la côte orientale













SAINT KITTS


17 juin : le moteur d'annexe a sa nouvelle hélice, le plein en carburant est fait, nous pouvons commencer notre périple. Nous partons d'Orient Bay à 8 heures du matin sous un vent d'est de 16 nœuds, cap sur St Kitts.

Par travers - petit largue à 7 nœuds et plus

Notre vitesse se maintient jusqu'au canal de St Kitts que nous atteignons en début d'après-midi. 

St Eustatius ("Statia") sur tribord

St Kitts sur bâbord

La mer est un peu plus formée, avec une belle accélération dans le canal.











Après 1h30 au moteur dans le dévent du volcan de St Kitts, nous jetons l'ancre devant le port de Basseterre. 

Mouillage en rade de Basseterre

La trace du parcours St Martin-St Kitts

Nous débarquons au port le lendemain matin pour les formalités douanières qui se sont nettement améliorées depuis l'année précédente.

Basseterre : le port de plaisance Port Zante

 
Un méga-paquebot vient d'arriver et libère ses milliers de touristes attendus de pied ferme par les vendeurs d'excursions et les échoppes de la ville-fantôme.



Alessandro détonne sur les touristes rose pâle...

Independence square
 
The Circus Clocktower
 




Nous levons l'ancre pour une courte étape d'une petite heure sous génois vers le sud-est de l'île, là où sont les meilleurs mouillages. Nous allons y rester 3 jours, le temps de laisser passer un passage orageux et très venté, et de réaliser quelques menus travaux.

White House Bay
 
Sous les grains
 
 
        Recollage d'une marche de rouf                                Changement du rouleau de davier d'ancre

Des fuites sur le circuit d'eau douce nous donnent du fil à retordre jusqu'à leur identification à l'entrée du chauffe-eau et en sortie du groupe d'eau. Elle sont vite réparées.



























La Dominique

23 juin : après un nouveau passage par Basseterre pour les formalités de sortie, nous quittons St Kitts en milieu d'après-midi par un vent d'est-nord-est à 22 nœuds établis, voiles réduites à 2 ris.



Sous le vent de Nevis
 

La nuit venue, les conditions restent stables avec une bonne vitesse entre 6 et 8 nœuds et une mer peu agitée. Nous passons au large de Montserrat, momentanément ralentis par un courant contraire d'1,5 nœud. Les quarts se succèdent sans incident. 

Le jour se lève sur la Guadeloupe. Le haut relief de la Soufrière nous dévente juste une petite heure parcourue au moteur, et nous retrouvons du vent à l'arrivée dans le canal des Saintes.
 
La Guadeloupe au soleil levant

 


Le canal des Saintes, et surtout celui de Dominique, sont très agités : vent d'est à 20 nœuds, creux de 2 m avec houle croisée difficile à négocier. Je crains les chocs sur la partie avant du bateau, qui a déjà souffert l'an dernier sur ce passage.







Un claquement brutal retentit soudain, avec une grosse vibration du génois : le chariot d'écoute vient de casser. 

 

L'écoute reste maintenue par la poulie plat-pont de renvoi. Nous pouvons garder la voile en la bordant au minimum pour réduire les tractions sur l'accastillage. Impossible de faire davantage en navigation.

La Dominique est en vue en début d'après-midi, et nous arrivons à 16 h devant Portsmouth.

La traversée St Kitts-Dominique

Mouillage à Prince Rupert Bay











 

Le bilan des dégâts est lourd :

Sans surprise, plusieurs coulisseaux du trampoline tribord ont cassé. Relative bonne nouvelle : le trampoline bâbord, dont j'ai récemment changé la ralingue, a bien résisté. La solution s'impose d'elle-même.

Plusieurs traverses de la poutre de compression sont descellées, certaines ont disparu. Nous remettrons en place celles qui peuvent être récupérées, en attendant une reprise complète de ces éléments trop fragiles.
Une marche de rouf s'est volatilisée, sous la marche juste recollée, qui, elle, a bien tenu. Pas de solution immédiate, il faudra refaire cette marche.








Le chariot d'écoute tribord a cassé par rupture de la pièce de fixation de la poulie avale-tout. Aucune pièce des réserves du bord ne convient pour une réparation de fortune, nous allons donc remplacer ce chariot par le chariot bâbord. Nous devrons désormais rester en permanence bâbord amures, ce qui ne devrait pas poser de problème en régime d'alizés.





Notre programme a pris du retard, d'abord à St Martin en attente de la pièce du moteur hors-bord, puis à St Kitts en raison de la météo. Nous relâchons 48 heures en Dominique, les escales suivantes seront également de courte durée. 




 


Portsmouth : le centre-ville

 
Une idée pour une prochaine villégiature ?

 

Marché de produits locaux










 
Le bateau est remis en état, prêt à reprendre la mer.
 
 

Test concluant !

SAINTE LUCIE :

26 juin : le mouillage est levé à 15 heures, vent d'est-nord-est 18 nœuds, voilure réduite à 1 ris, vitesse 6 à 7 nœuds. En allant chercher le vent au large, nous évitons le recours au moteur en gardant une vitesse acceptable. 




Le génois a retrouvé un chariot d'écoute efficace

La côte sous le vent de la Dominique

 
Ciel clair pour la nuit

Nous abordons le canal de Martinique en début de nuit. La mer est peu agitée et le vent reste stable, mais nous sommes ralentis par un courant contraire de 2 nœuds. Il faudra 2 petites heures au moteur dans le dévent de la Montagne Pelée, puis nous poursuivons sous voiles jusqu'à la pointe sud de la Martinique.

Lever du jour sur le Rocher du Diamant

 
Sainte Lucie est en vue

Le canal de Sainte Lucie est calme : vent 14 nœuds, courant contraire persistant de 2 nœuds. Nous atteignons Rodney Bay peu avant midi.

La traversée Dominique-Ste Lucie

 
En approche du Gros Ilet

Mouillage à Rodney Bay

Nous nous octroyons un repos de 24 heures, consacrées aux formalités et à l'avitaillement.

Rodney Bay Marina
Le ponton délabré du fond du port, donnant accès au Massy Store
 

Nous devons faire face à un conflit inattendu : un charmant couple d'oiseaux a trouvé la bôme à son goût pour nicher. Des fortifications sont établies, qui finissent par décourager les squatters.
 
 

















 
29 juin : nous allons descendre le long de l'île de Ste Lucie par l'est. Le contournement de la pointe nord, au moteur contre vent, houle et courant, est laborieux. 

 

Au bout de 2 heures pénibles, notre épreuve trouve sa récompense. Nous mettons sous voiles réduites à 1 ris au bon plein, vent d'est-sud-est 18 nœuds, vitesse 7 à 9 nœuds. 

 
Alessandro savoure son plaisir à la barre


L'extrémité sud de Ste Lucie est atteinte peu après midi.

Ste Lucie du nord au sud

Le mouillage dans la rade de Vieux Fort est difficile. Après avoir chassé une fois, l'ancre semble accrocher correctement. Je débarque pour les formalités de sortie, Alessandro reste à bord.

Le mouillage "recommandé"

Vieux Fort : le port commercial


Après avoir débarqué dans ce décor industriel et affronté des douaniers peu coopératifs, je me rends en taxi à l'aéroport pour terminer les formalités de sortie. Alessandro parvient à me joindre : le bateau a de nouveau chassé, puis s'est stabilisé. Je le retrouve une bonne centaine de mètres en arrière du mouillage initial.


L'ancre, vérifiée à plusieurs reprises en plongée, semble cette fois tenir pour la nuit. C'est effectivement le cas mais, dès le lever du jour, de fortes rafales de vent tirent sur le mouillage qui décroche de nouveau. Un peu lassés par ce petit jeu de mauvais goût, nous décidons de partir sans plus attendre.

Bye bye Ste Lucie

BEQUIA :

30 juin : nous avons quitté Ste Lucie par vent travers de 20 nœuds, voilure toujours réduite à 1 ris, vitesse 7 nœuds malgré un courant contraire d'1,5 nœud. Notre route longe Saint Vincent par l'est, puis cap au sud-ouest vers Bequia que nous atteignons vers 15 h. 

Sous le vent de St Vincent

Bequia en approche

Mouillage à Port Elizabeth











 
La traversée Ste Lucie-Bequia

Bequia (prononcer "Békoué") est pour moi une des quelques îles des Antilles restant à découvrir. Le vaste fer à cheval ouvert à l'ouest forme un port naturel parfait, totalement abrité de la houle. L'endroit est victime de son succès : il y a du monde. Des bateaux de toutes tailles, ferries, goélettes, pêcheurs et nombreux bateaux de plaisance peuplent la rade en un ensemble coloré.

La rade de Port Elizabeth
 




 


 

De bons produits locaux...



  
Halte-déjeuner dans un restaurant local
 


 



Carriacou :

2 juillet : nous reprenons la mer après cette trop courte escale. Le vent est stable, d'est 18 nœuds mais nous sommes maintenant au largue serré sans courant, toujours sous 1 ris. La vitesse s'en ressent : plus de 7 nœuds et quelques surfs à 10 nœuds. Nous atteignons le sud de Carriacou en moins de 6 heures, après avoir longé toutes les Grenadines.


Carriacou en approche

La traversée Bequia-Carriacou

La rade de Tyrrel Bay, habituellement très fréquentée, est occupée par de nombreuses épaves, flottantes ou non, résultant du cyclone Beryl en juillet 2024. Les installations portuaires sont de nouveau opérationnelles et un grand nettoyage a été fait à terre, malgré des cicatrices encore bien visibles.

Tyrrel Bay

 


 





Le port de commerce et la marina nord

Les deux marinas sont reconstruites mais en activité encore réduite. Les commerces sont ouverts et bien approvisionnés. Nous ne restons qu'une nuit, juste le temps des formalités d'entrée à Grenade, dont Carriacou dépend, et d'un complément d'avitaillement.

Grenade :

3 juillet : le temps se dégrade avec une forte prévision pluvio-orageuse. Après avoir étudié plusieurs hypothèses météo, nous décidons de partir malgré la menace d'intempéries, car aucune amélioration n'est prévue les jours suivants. L'ancre est levée à 11h, voilure réduite à 1 ris, vent modéré entre 8 et 14 nœuds. 


Les hostilités commencent presque aussitôt : forte pluie, accélération du vent en rafales jusqu'à 26 nœuds, éclairs et tonnerre de plus en plus rapprochés sur bâbord. À midi, l'orage est tout proche. La pluie redouble d'intensité. La route reste bien maîtrisée par le pilote.

Visibilité très réduite

Tenue de combat !

À la suite de plusieurs impacts de foudre, un éclair aveuglant est suivi presque simultanément d'un énorme coup de tonnerre qui fait vibrer tout le bateau : cette fois, ce n'est pas tombé loin. Nous vérifions l'intérieur et les instruments : rien n'a souffert. La pluie tombe encore quelques minutes, puis l'horizon s'éclaircit.

La nuée orageuse s'évacue sur tribord

L'île de Grenade est en vue sous un ciel toujours couvert mais un temps nettement plus calme. Nous finissons par 2 petites heures au moteur sous le vent des reliefs, et mouillons devant Saint George's en fin d'après-midi.

Grenade en approche

La traversée Carriacou-Grenade

St George's : mouillage à Grand Anse
 
Nous passons la nuit sur ancre, mais le lendemain matin un Ranger du Parc National vient nous prier, courtoisement mais fermement, de prendre une bouée. C'est en fait la règle pour toute la baie, pas moyen d'y déroger. Nous en serons de 15 dollars pour la nuit restante.


Là encore, nous ne restons qu'un jour et 2 nuits, le temps d'un dernier complément d'avitaillement et des formalités de sortie de Grenade.

Trinidad :

5 juillet : la météo prévoit un vent modéré et du courant de face sur une partie du parcours, avec de faibles passages pluvieux. La bouée est larguée en fin d'après-midi. Nous partons voiles hautes par un vent de 15 nœuds, vitesse 7 nœuds.


 

Alessandro est de quart quand le vent refuse en mollissant. Nous poursuivons au moteur. A minuit, je suis de quart quand le pilote décroche à plusieurs reprises puis se met en panne permanente. Je prends la barre avec résignation. 

2 heures : un grain survient, d'une force inattendue avec rafales à 26 nœuds. Je ne peux pas quitter la barre pour m'habiller en conséquence, ni appeler Alessandro qui ne peut m'entendre dans le vacarme ambiant. J'abats en fuite vers l'ouest, le bateau reste stable à 8 nœuds. Quand Alessandro arrive pour prendre son quart, je suis trempé et complètement gelé, un comble sous les tropiques ! Je lui laisse la barre avec soulagement, alors que le grain s'éloigne. 

4 heures : nouveau grain, rafales à 28 nœuds, même réponse. Alessandro repart en fuite vers l'ouest jusqu'à 5 heures où tout se calme. Nous affalons la voile et poursuivons au moteur contre un courant de 2,5 nœud, vitesse 3 nœuds.

Les côtes du Venezuela et de Trinidad sont en vue au lever du jour.

Venezuela : la péninsule de Paria

Trinidad : la côte nord

Nous entrons en fin de matinée dans la passe de Bocas de Monos sous un vent inexistant et des courants intenses assez impressionnants.

Entrée de Bocas de Monos
 

Nous jetons l'ancre à midi dans la nauséabonde zone de mouillage de Chaguaramas, assez peu encombrée. 

Chaguaramas : mouillage devant les chantiers navals

La traversée Grenade-Trinidad




Il nous reste l'après-midi pour faire les formalités d'entrée qui, comme à St Kitts, se sont bien améliorées malgré le recours encore en vigueur aux formulaires en copies carbone.

Le bateau est mis à terre le lendemain. Boreas est mis en condition pour la saison cyclonique jusqu'au mois de novembre.

Au chantier Power Boats

 
Génois dégréé, cockpit vidé

Barrière anti-oiseaux




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