23 mai 2019

Des États-Unis aux Açores

Transat ouest-est 2019 - 2
   
Ma 6ème transat, 4ème dans ce sens, est très différente des précédentes. Je pars de la côte est des États-Unis et non des tropiques antillais, et bien plus tôt dans la saison : à la fin du mois d'avril. La route directe pour les Açores représente 2394 milles nautiques, mais le trajet effectif sera beaucoup plus long, contrainte météo oblige.






29 avril : au sortir de la baie du Delaware, le début est lent : vent faible au portant, nous sortons le gennaker. Dans une nappe de brume dense, nous évitons de justesse la collision avec un pêcheur insouciant, réveillé par notre coup de corne.

Une vraie purée de pois
Visibilité très réduite...
...mais le radar veille
Dès le 2ème jour nous avons du vent jusqu'à réduire la toile à 2 ris. Cap sud-est pour passer sous le chemin des dépressions de l'Atlantique nord, et je retrouve une vieille connaissance : le Gulf Stream. Le courant est à 3 nœuds. Nous le traversons avec une dérive spectaculaire pendant 6 heures. 

Méga-dépression en centre-Atlantique
Traversée du Gulf Stream

La température de l'eau y est de 25,5°C, et à partir de là tout change : le climat devient brusquement estival, l'air dépasse les 21°C, le ciel est dégagé. C'est comme si le Gulf Stream piégeait le mauvais temps sur le continent nord-américain. Une fois le Gulf Stream franchi, nous pouvons ressortir shorts et T-shirts : fini les réveils glacés, d'autant que nous allons prendre beaucoup de sud les jours suivants.


Le vent de sud mollit une journée, nous ressortons le gennaker quelques heures avant de réduire de nouveau quand le vent fraîchit au-delà de 20 nœuds au bon plein. La mer est très agitée à l'approche des Bermudes que nous contournons de près par le sud-ouest.








Puis le vent adonne et nous offre un long bord de plusieurs jours au travers-largue sous 1 ris, parfois 2.








L'équipage fatigue pendant ces journées passablement secouées. Julien souffre du mal de mer près d'une semaine, Luis résiste mieux. Tout s'améliore dès que nous faisons route au portant.
  
Julien bien atteint
Luis stoïque aux fourneaux

5 mai : à part quelques incidents mineurs vite résolus, nous ne connaissons qu'une avarie, mais de taille : panne du pilote principal. La pompe hydraulique ne répond plus. Nous passons sur le pilote de secours.

En panne
Autre désagrément, une vraie plaie : nous sommes dans la mer des Sargasses qui mérite bien son nom. Les algues parasites viennent se prendre dans l'hélice de l'hydrogénérateur et il faut les dégager à de multiples reprises en arrêtant le bateau : on ne peut en effet relever l'engin en route. La charge des batteries, qui au début était parfaite (jusqu'à 30 ampères), s'en trouve nettement diminuée.

La moquette...
...à perte de vue

7 mai : nous restons en bordure d'une large dépression dans notre nord ; rafales à 26 nœuds, vitesse 8,5 nœuds avec des pointes à 10 nœuds.


L'allure est travers-largue sous 2 ris, nous sommes de nouveau bien secoués. Nous croisons le premier cargo en visuel depuis plusieurs jours, et le lendemain un grand voilier de 38 m.



9 mai : nous avons atteint la plus basse latitude du parcours, 27° N. Empannage, et nous commençons la remontée.


Un front froid était prévu depuis plusieurs jours . Il passe dans la nuit, avec perturbation pendant une douzaine d'heures : rafales à 32 nœuds, forte pluie, vagues 2,50 m avec quelques déferlantes.

Un front bien annoncé
Ligne de grains au radar


Le vent de nord se maintient les jours suivants entre 20 et 26 nœuds. Nous sommes sous 1 ou 2 ris, bien secoués et nous ne pouvons plus remonter au nord, bien que Powhatan file entre 7,5 et 9 nœuds et s'autorise des surfs à 11 nœuds.

Difficile de cuisiner dans le chahut ambiant !

Nous quittons progressivement la dépression par vent travers puis au près : nous aurons été bien brassés ! Le climat s'est rafraîchi mais le ciel est moins nuageux, le beau temps revient et nous pouvons remettre le cap vers les Açores.

12 mai : passage de transition sans vent, quelques heures au moteur avant d'accrocher l'anticyclone pour plusieurs jours au portant, confortables malgré une longue houle et des creux parfois impressionnants d'au moins 3 m.










14 mai : l'événement du jour, nous sommes enfin débarrassés des sargasses par 35°N-044°W.

Les sargasses jusqu'au milieu de l'Atlantique
Fini les "sessions sargasses" à répétition pour libérer l'hélice de l'hydrogénérateur, mais nous découvrons un nouveau souci: l'engin se met à charger comme un fou, et, quand les batteries sont pleines, il se met en roue libre en émettant le bruit d'un troupeau de vaches réclamant la traite ! De quoi empêcher tout le monde de dormir ! Il faudra gérer la charge en débranchant de temps en temps les panneaux solaires.



16 mai : alors que nous filons sous gennaker à 700 milles de l'arrivée, le dessalinisateur fait des caprices. Après plusieurs tests en liaison avec mon installateur, le pressostat semble en cause. Je le débranche, le dessalinisateur redémarre : nos douches sont sauvées !

Le sprint final est un peu modifié par l'arrivée d'un second front froid, qui sera sur nous le 21 mai et que nous ne pourrons pas éviter. Je modifie la route en prévoyant une courte escale à Horta, le temps de le laisser passer plutôt que d'arriver en pleine brafougne à Ponta Delgada, notre destination finale aux Açores.










20 mai : terre ! L'île de Faial émerge de la brume à courte distance.

Faial en vue

Après l'avoir contournée par le sud, nous entrons dans l'avant-port par plus de 20 nœuds de vent. Le mouillage est difficile, mais heureusement il est encore tôt dans la saison et il n'y a que 2 autres catamarans à l'ancre.

L'avant-port d'Horta

Le vent s'établit autour de 25 nœuds jusqu'au soir, puis le front arrive vers minuit. L'équipage est en veille selon le rythme des quarts, comme en navigation. Pendant 5 heures, les rafales vont se succéder largement au-delà de 30 nœuds et plusieurs fois jusqu'à 41 nœuds. La pluie tombe en averses courtes, mais assez fortes pour bien rincer le bateau. Nous évitons sur un périmètre réduit, pendant qu'un grand voilier fait son entrée, tente de mouiller sans succès, et finira la nuit en faisant des ronds dans l'avant-port. Peu après 5 h, le vent tourne à 90° vers l'ouest et tombe brutalement. La pluie se poursuit par intermittence, puis un calme quasi-absolu s'installe. Le front est passé.

Après quelques courtes heures de sommeil, nous levons l'ancre, avec difficulté car elle a accroché quelque chose au fond : c'est peut-être la raison - en partie au moins - d'une si bonne tenue sous les rafales... Nous parvenons à nous dégager après plusieurs manœuvres, et reprenons la route sous un ciel de traîne : nuages bas, grains, houle croisée qui nous secoue fortement une partie de la journée.

Au sud de Pico

22 mai : le ciel s'est remis au beau mais les températures restent fraîches, 17°C en moyenne. Le vent mollit progressivement, nous terminons les ultimes milles sous gennaker, et enfin au moteur à l'approche de l'île de Saõ Miguel sous un ciel radieux.


Côte sud de Saõ Miguel

Ponta Delgada : l'entrée du port

Nous accostons en milieu d'après-midi à la grande marina de Ponta Delgada, capitale des Açores, fin de la traversée.




Nous avons parcouru 3266 milles nautiques depuis le nord de la baie de Chesapeake, en 24 jours y compris la courte halte à Horta.


Trace GPS de la traversée
Relevé des distances journalières

A voir, une remarquable vidéo réalisée par Julien sur Powhatan (et sur son bateau d'accueil suivant) :





A suivre ici

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